Près de 80 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, il existe encore des secrets qui n’ont pas été révélés Et ces secrets ne sont pas toujours liés à des individus ou à des secrets d’État qui remettraient en cause un pays ou un pouvoir. Il existe un secret qui pourrait remettre en cause plusieurs mythes, celui de la réalité de la production de chars soviétiques pendant la Seconde Guerre mondiale.
Si vous cherchez sur internet des informations sur les pertes de la Seconde Guerre mondiale, vous lirez (comme moi) que les Soviétiques ont perdu près de 91000 chars en 4 ans et auraient produit plus de 120000 chars. Ces chiffres impressionnants en disaient long sur la capacité de production de l’Union soviétique et de l’effort entrepris par le pays pour vaincre les Allemands.
Dans cette histoire, le T34 avait une place particulière. L’histoire racontait que les Soviétiques auraient produit plus de 50 000 de ces machines. Un grand nombre d’entre eux auraient été perdus au combat face aux chars allemands.
Aujourd’hui, en Russie, on commence à remettre en cause ces chiffres. La raison vient de multiples incohérences techniques et tactiques.
La première incohérence vient de la nature des engins produits. Avant 1941, la majorité des chars produits étaient des chars légers (BT, T26, T40, etc.). Le seul char moyen produit était le T28. Changer d’équipement dans une chaîne de production n’est pas aussi facile qu’il y paraît. Le T34 est un char complexe qui n’est pas si facile à produire. Il faut 4000 heures pour le produire, soit autant qu’un char Panthère Toutes les usines ne sont donc pas en mesure d’en produire.
L’usine principale qui produit le T34 en 1941 est l’usine de Kharkov qui ferma en 1942. L’autre usine était celle de Stalingrad qui cessa de produire des chars en juin 1942.
En 1941-1942 L'industrie métallurgique a perdu ses capacités qui, avant la guerre, assuraient jusqu'à 50 % de la production totale d'acier et 60 % de la production de charbon à l'échelle de l'Union soviétique Le volume de la production d'acier a été réduit de moitié par rapport aux valeurs d'avant-guerre.
Pourtant, les Soviétiques revendiquent avoir produit plus de chars en 1942 qu'en 1943 (24 704 chars et canons d’assaut en 1942, dont 12 527 T34 ; 23 925 chars et canons d’assaut en 1943, dont 15 821 T34).
En 1943, les Soviétiques auraient perdu 23 000 chars, pratiquement autant que l'année d’avant !
Il y avait donc des doutes sur la production et sur les pertes réelles de l’Armée rouge en chars. Il y a eu un mensonge sur le nombre de T34 produits aussi. Il faut dire que les Américains, avec une situation beaucoup plus facile (pas d’attaque aérienne, facilité d’approvisionnement en matériaux, taylorisme des usines), avaient à la fin de la guerre produit 49 000 M4 Sherman, soit moins que le nombre de T34 !
Autre exemple s’il en faut, c’est le nombre de chars soviétiques de prise chez les Allemands En 1943, il n’y avait que 59 T34 de pris en service dans les unités allemandes. À la même époque, près de 600 chars et automoteurs allemands étaient en service dans l’Armée rouge. Quand vous perdez 23000 chars par an, les Allemands auraient dû récupérer des milliers de T34. Ce char était en plus réputé, bien plus d’ailleurs que les chars français pourtant engagés comme les B1 bis (une centaine d’engins) ou les SOMUA (presque 200 chars) (pas en 1943 mais en 1941).
Mais où est passé le T34 ?
Voici la composition d’une brigade de chars en 1942 lors de la contre-offensive de Stalingrad en novembre 1942.
brigades blindées – 8 KV, 8 T-34, 19 T-60 ; – 22 T-34, 25 T-70 ; – 20 T-34, 17 T-70, 18 T-60.
(pour rappel, 1 bataillon fait 20 chars théorique, une brigade 60 chars théorique)
(Données sur la composition du 1ᵉʳ corps blindé au début de la contre-offensive à Stalingrad, novembre 1942.)
Le 51ᵉ bataillon de chars était composé de 19 chars T-34. Le 84ᵉ bataillon de chars nommé d'après Ouchakov comprenait 10 chars T-34, 18 chars T-60, 3 chars T-70 et 4 SU-76. Le 12 janvier 1944, la brigade reçoit un 3ᵉ bataillon de chars surnuméraire – un total de 32 chars T-26.
(Extrait du journal de combat de la 220ᵉ brigade blindée).
Comme on le voit, les brigades de chars ne sont pas composées d’une majorité de T34 mais, au contraire, sont composées de chars légers. En 1944, il n’était pas surprenant de voir à l’est des T26 qui étaient pourtant largement dépassés.
Un autre exemple est celui des pertes pendant la bataille de Koursk. Les Soviétiques reconnaissent avoir perdu en moins d’1 mois de batailles environ 1500 chars. Cette bataille est considérée comme la plus sanglante pour les forces blindées Alors comment expliquer les 21 500 autres pertes pendant l’année !
Les raisons possibles
Quelles sont les raisons de toutes ces différences ? Je pense qu’il y a trois raisons principales. La première était technique. Les chars endommagés sur le champ de bataille n’étaient pas tous détruits irrémédiablement. Au contraire, le blindage sauvait souvent la vie de l’équipage et de la machine. Les équipages, quand ils étaient touchés, soit se retiraient du champ de bataille pour réparation, soit abandonnaient le char qui pouvait être récupéré plus tard. On s’accorde à estimer qu'en temps normal, c’est plus de 50 % des chars qui peuvent être récupérés et réparés en moins d’une semaine.
Les centres de réparations étant des usines dans la terminologie soviétique, les chars réparés rentraient dans les statistiques de production. Il faut aussi savoir qu’un même char pouvait être endommagé 3 ou 4 fois (ce qui est courant à cette époque) et donc chaque fois repasser à l’usine. Cela concernait aussi ce qui avait des réparations longues. Un T34 ayant perdu sa tourelle et récupéré sur le front pouvait devenir un canon d’assaut.
La seconde raison est beaucoup plus « politique ». Les usines étaient jugées à leur production auprès des commissaires politiques. Une production non conforme pouvait entraîner des sanctions. On raconte souvent l’histoire de cette usine de clous qui, pour ne pas se faire sanctionner, en fabriqua un d’une tonne puisque c’était la masse produite qui faisait référence (histoire approximative pour vous donner une idée de la politique de l’époque). Il est donc possible que les usines aient « gonflé » leurs productions. Mais cela avait aussi un intérêt pour la propagande. Pour les Soviétiques, il s’agissait de montrer l’effort consenti auprès des alliés mais aussi face à l’Allemagne. Cela est resté jusqu’à aujourd’hui !
La troisième raison est la justification des deux premières. Le mythe du sacrifice du petit ouvrier au fond de l’Oural et du soldat patriote en première ligne devait passer par la destruction de milliers de chars. Sinon, cela aurait pu dire que tout le monde n’avait pas fait le même effort. La Grande Guerre patriotique, comme l’ont appelée les Soviétiques, devait vivre sur une vision d’un sacrifice consenti par tous. S’apercevoir que c’est les 5 218 chars britanniques et 7 287 chars américains issus du Prêt-bail qui ont en réalité fait gagner la guerre aux Soviétiques ne serait pas « politiquement correct ».
conclusion
Il est indéniable que l’effort des Soviétiques a été important. Mais on ne saura peut-être jamais combien de chars ont été en réalité produits à cette époque ni combien ont été en réalité perdus. Il faut dire que les pertes ont été bien inférieures aux discours officiels, ce qui rend aussi hommage au courage et à l’efficacité de l’armée rouge à cette époque. Non, ils n’ont pas été que sacrifiés, ils se sont aussi battus et ont détruit un grand nombre de blindés allemands, changeant ainsi le cours de la Seconde Guerre mondiale.

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