La chance, voilà comment l’on pourrait définir le parcourt de Poutine dans la guerre en Ukraine. Napoléon disait qu’il ne voulait pas de généraux talentueux mais des chanceux. La chance dans la guerre est aussi essentielle que le talent, bien que cela ne fasse pas tout.
L’histoire militaire contemporaine est pleine de moments où la chance a fait basculer la situation. Un des moments les plus chanceux est peut-être la percée des Ardennes en 1940. En ce mois de mai, toute l’armée mécanisée allemande est coincée sur des routes étroites dans des forêts. Il y a plus de 100km de bouchon. Des aviateurs les repèrent mais les chefs ne croient pas à leurs comptes-rendus. Les champs de mines qui devaient être posés ont été retirés pour l’hiver. Les Français ont envoyé leur unique armée de réserve, la 7e en Hollande. Au débouché, le 15 mai, le général qui commande la 3e division cuirassiers ne contre-attaque pas sur Sedan car il ne sait pas ce qu’il a devant lui. Par la suite, il perd son temps à ravitailler les chars à la pompe Japy !
Hitler ne croit tellement pas à sa chance qu’il ordonne aux panzers divisions de s’arrêter une fois sortis des Ardennes. Et là encore, un homme désobéit et fait basculer la situation. Le général Billotte, un des seuls qui peut changer la situation, meurt dans un accident de voiture ! Quand ça veut pas…
On dit toujours que la chance se provoque. Par le travail, on élimine les risques sans les annuler. Et puis, il y a l’audace et la ténacité à des moments clés. Rommel était coutumier du fait. En Italie, en tant que fantassin, en France en 1940, il est à deux doigts du désastre le 22 mai à Arras. Cest déjà le canon de 88mm qui le sauve. Puis, en Afrique, il surprend une armée anglaise désorientée par la vitesse d’exécution. Tobrouk les sauvera la première année. Mais pas en 1942. Il faut la solidité d’un Montgomery pour que la situation se retourne.
Un autre homme qui a de la chance, c’est bien Poutine. En 2022, il lance une des opérations sans doute les plus audacieuses et hasardeuses. Avec un rapport de force de 1,30 pour 1, il attaque l’Ukraine sur de multiples fronts. En avril, il est à deux doigts de gagner car les Ukrainiens sont en train de céder. En Octobre, la contre-attaque victorieuse ukrainienne a failli tout emporté. Grâce à Bakhmout et Wagner, il fixe pendant un an les Ukrainiens, lui laissant le temps de construire la ligne Sourovikine. En 2023, la contre-attaque ukrainienne se casse les dents sur un mur.
En 2024, le président russe échappe à un coup d’état de son fidèle Evgueni Prigojine. Celui-ci disparaîtra avec son état-major dans un « mystérieux » accident d’avion. En 2025, c’est Trump qui est élu au États-Unis, entraînant un changement dans la nature du soutien américain aux Ukrainiens.
Ceux-ci lancent une offensive surprise sur Koursk qui finit par un échec total mais permet d’avoir un nouvel allié, la Corée du Nord, qui a des stocks sans fond d’obus, de roquettes et de missiles. Ils fournissent également 25000 hommes au bon moment.
Mais cette année semble encore plus folle. Les Européens arrivent à fournir ce qui manque aux Ukrainiens, en particulier les drones et commencent à frapper dans la profondeur stratégique russe. Les raffineries vont être durement touchées mais au moment où l’on aurait pu croire que la pression était au maximum, voilà que l’Amérique et son allié israélien se lancent dans une guerre contre l’Iran. Poutine ne pouvait pas rêver mieux.
Le Moyens Orient est complètement bloqué et les Etats-Unis n’ont plus de réserves de missiles Patriot ni de gasoil ! Les cours explosent et le manque se fait sentir dans les sociétés occidentales !
Un ministre français avait annoncé que la France allait livrer une guerre économique et financière totale à la Russie. Le reste est écrit, 4 ans plus tard, la Russie est debout, on ne parle plus des effets des sanctions et l’Europe est en effervescence. Le prix des hydrocarbures fait craindre le pire, l’économie est au bord d’être à l’arrêt et les Ukrainiens demandent toujours plus d’argent, argent que les peuples européens veulent de moins en moins donner.
Cela,
personne parmi les élites dirigeantes européennes ne l’avait
prévu. Poutine est toujours là, aux Émirats arabes unis, il
négociera une possible paix avec Trump et le président chinois.
L’Europe, elle, est absente. Elle montre son vrai visage, celui de
pays pas toujours d’accord entre eux et surtout qui restent
égoïstes. La Hongrie, la Slovaquie refusent le soutien à l’aide,
tandis que les Espagnols, les Grecs et les Italiens font le minimum.
La Norvège et la Finlande, quant à elles, veulent rouvrir le
dialogue avec le Kremlin sans attendre l’UE trop va-t-en-guerre.
Les prochaines élections européennes pourraient voir des partis
anti guerre arriver en tête, comme en Allemagne et en France. Cela
continuera de fissurer le groupe de soutien à l’Ukraine qui se
sent de plus en plus seule.
Poutine va peut-être réussir à faire, sans l’avoir complètement préparé, ce que les Soviétiques n’étaient pas parvenus à faire. Détruire l’OTAN et peut-être même l’Union Européenne. Le positionnement de Trump de moins en moins européen, les désaccords intra-UE, comme avec l’Espagne, avec l’Allemagne ou la France font que la carte stratégique de l’Europe pourrait changer.
On
dit aussi qu’il y a pire que d’être con, c’est de ne pas avoir
de chance. Je pense que nous sommes, nous, les Européens, les cons
de l’affaire. Apportant un soutien trop tard en 2022, nous avons
laissé le temps aux Russes de se préparer à défendre en 2023.
Nous donnons au compte goûte les aides qui, pour avoir des effets,
auraient dû être massives. Nous nous retrouvons seuls à financer
une guerre, et ce, en 2026, au pire moment pour nos économies. La
campagne électorale en France est un bel exemple du désordre qui
nous attend. Nous avions annoncé que la Russie allait se soulever
contre ses dirigeants,
or c’est en Europe que les peuplent se
soulèvent.
Aujourd’hui, la paix va se faire sans l’Europe. On risque de voir un nouveau Yalta avec un partage du monde entre la Chine, les États-Unis et la Russie. Mais ne croyez pas que la Russie est au niveau des deux autres, non, la Russie ressemble à l’Angleterre de 1945. On voit ce qu’il en est advenu aujourd’hui.
Poutine lui, va rentrer dans les livres d’histoire russe et du monde comme celui qui a fait basculer le monde occidental. Il sera décrit comme le nouveau Pierre le Grand ou Staline pendant que les hommes politiques occidentaux ne seront connus qu’à l’aune de leur relation avec Poutine. Si cela n’est pas de la chance !:)

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