Kaliningrad, le piège !

 

L’enclave de Kaliningrad est l’ultime symbole de la défaite de l’Allemagne lors de la Seconde Guerre mondiale. Il s’agissait de la ville de Königsberg, l’ancienne capitale de l’ordre Teutonique. Elle va passer pendant plus de 8 siècles entre les mains de plusieurs nations dont la Suède, la Lituanie, l’Allemagne et enfin la Russie. Port stratégique de la Baltique, la ville était une forteresse puissante qui a vu les pires combats de la Seconde Guerre mondiale.

L’enclave, malgré la chute du Mur et l’explosion de l’Union soviétique, n’est pas repassée aux mains de l’Allemagne, qui a même refusé de la récupérer lors de la réunification allemande.

Aujourd’hui, l’enclave est un îlot russe au milieu de l’Europe et joue un rôle majeur dans cette région.

En effet, sa position géographique permet de menacer les liaisons entre les Pays baltes et la Pologne. La ville menace aussi les ports de la Baltique et est devenue un point de fixation stratégique.

C’est alors qu’est nourrie l’idée de lancer une offensive militaire pour prendre cette ville et ainsi éliminer le problème. Cette idée s'est accentuée avec la guerre en Ukraine où la ville pourrait empêcher les forces de l’OTAN de soutenir efficacement les pays baltes.

Certains bruits de plateaux de télévision annoncent même une possible attaque de l’OTAN contre la ville avec toute une stratégie pour neutraliser les armes défensives présentes à l’intérieur.

Poutine, ne voulant pas rester insensible aux « bruits de couloir », précise que toute attaque de la ville engendrera une réponse nucléaire.

Une telle réponse donnerait le droit à l’OTAN de réagir avec une frappe nucléaire, mais c’est cela que je mets en doute.

En effet, si la Russie attaque les Pays baltes, l’envoi de forces dans les Pays baltes serait justifié, mais ce conflit resterait-il limité ? L’action des forces sur un secteur défini sans frappes sur le territoire de l’envahisseur serait peut-être « imposée » à l’image de la guerre des Malouines où les Anglais ont précisé dès le départ une zone d’action et ainsi limité le conflit. Cela serait la meilleure option.

En revanche, si nous décidons de frapper dans la profondeur stratégique russe, la Russie aurait la légitimité de lancer des frappes nucléaires en représailles, dont une partie des tirs pourraient venir de Kaliningrad.

Et c’est bien cela le problème. Rapidement, les forces conventionnelles de l’OTAN et les civils des pays membres pourraient subir des pertes importantes.

La fameuse réponse nucléaire de l’OTAN est-elle aussi garantie qu’annoncé ? En effet, l’engagement de ces armes est sous la responsabilité des États-Unis. L’Amérique acceptera-t-elle de risquer une guerre nucléaire avec la Russie pour l’Europe et les Pays baltes ?

Et cette question est centrale. Le retour d’un certain isolationnisme américain, particulièrement chez les Républicains, ne garantit plus la certitude de la réponse. Et cela est vu d’ailleurs à travers la nouvelle politique de déploiement des forces américaines en Europe.

S'il n’y a pas une invasion physique de la Pologne ou de l’Allemagne, il ne risque pas d’y avoir une réponse nucléaire, et encore.

Pendant 50 ans de Guerre froide, la politique d’engagement des armes nucléaires n’était engagée que lorsque les forces conventionnelles n’auraient plus été en mesure de retenir les forces du Pacte de Varsovie.

Sans une invasion franche et la mise en difficulté de l’OTAN dans sa globalité, il n’y aura donc pas de réponse nucléaire. Bien sûr, c’est un avis car il peut y avoir des circonstances particulières.

Quant à la France, sa capacité de frappes aériennes ne convient pas à ce type de mission. En effet, la doctrine de la dissuasion précise que la frappe par la composante aérienne est l’ultime avertissement avant la frappe stratégique, mais cela n’est justifié que s’il y a menace contre nos intérêts vitaux. En réalité, malgré tous les discours, les Pays baltes ne font pas partie de nos intérêts vitaux.

Les forces nucléaires britanniques, elles, sont uniquement stratégiques et indirectement dans la main des Américains qui fournissent les vecteurs.

C’est pour cela qu’un conflit dans les Pays baltes ou l’attaque de Kaliningrad ne dépassera pas les plateaux télé. Il faudra voir la réponse à une attaque d’une autre manière et celle-ci sera bien plus contraignante conventionnellement, sachant en particulier que des armes nucléaires se trouvent dans l’enclave de Kaliningrad. La Russie le sait aussi et, à mon sens, ne s’engagera que dans un conflit gagnable. Et cela ne passera que par une action limitée dans les Pays baltes et seulement s’ils trouvent une raison valable de le faire.

C’est à ce moment-là que l’OTAN ou l’Europe peut aussi jouer une partie. Un affrontement conventionnel limité peut être engagé, mais cela ne sera pas facile. La question est de savoir si les deux camps y ont quelque chose à gagner. Pour ma part, j’en doute.




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