Le char est mort dans bien des esprits, mais pourtant, la réalité du champ de bataille va peut-être faire revenir cette machine discréditée par tant de spécialistes.
Pour comprendre ce retour, il faut comprendre ce qu’est Char. Le char se caractérise par la mobilité, la puissance de feu et la protection. L’idée est de pouvoir déplacer du feu sous protection sur tout type de terrain. La fonction du char initialement est de pouvoir casser le triptyque tranchée, barbelé, mitrailleuse. Ce triptyque bloque l’infanterie qui ne peut plus avancer durant la 1ʳᵉ guerre mondiale. Le char va redonner la mobilité perdue. Capable de pénétrer les lignes, le char peut aussi exploiter en apportant de la vitesse. Cette mobilité est possible par la protection contre les armes adverses et par la capacité de frapper celles-ci.
L’alourdissement du blindage a contraint de disposer d’armes antichars toujours plus puissantes qui ne pouvaient être portées que par un autre char ou équivalent (voir les chasseurs de chars). Pendant la Seconde Guerre mondiale et un peu après, il n’y a que le canon qui soit en mesure de faire de la lutte antichar.
Mais l’arrivée de la charge creuse et du missile va rabattre les cartes. Un poste ou un véhicule léger est en mesure de détruire un char lourd. Mais toujours à cette époque, le char a la capacité de riposter et il reste une cible difficile en raison de sa mobilité.
Le blindage et la motorisation évoluant, l’armement devient plus important aussi. Les armes antichars évoluent alors pour tirer plus loin et plus précisément. C’est la génération des Javelin, des MMP et des SPIKE.
Pour la première fois, le char ne peut pas détruire sa menace. Mais un rapide regard historique rappelle que ce n’est pas la première fois que cela arrive. Dès 1917, les Allemands mettent en évidence la capacité des canons antichars, mines, et autres fusils à balles blindées pour arrêter les chars isolés sans appui.
Et c’est ici qu’il faut comprendre le char. Le char n’est pas conçu autour de lui-même, il fait partie d’un système. Sans la collaboration interarmes, il n’y a pas d’effet du char. L’erreur des concepteurs de chars, en particulier en Occident, est d’avoir fait croire que le char seul apporte la victoire. Ils ont donc conçu des engins de supériorité très performants mais surtout très chers. Sur le champ de bataille ukrainien, ils y eurent la surprise de s’apercevoir qu’aucun char occidental n’a fait basculer la situation. Il est vrai qu’il leur manquait la masse pour jouer ce rôle aussi.
Mais la question est de savoir si cette supériorité technologique fait la différence. Le char est conçu aujourd’hui autour de sa fonction antichar. Le blindage est sur l’avant et l’armement est conçu pour la lutte antichar. La réalité des conflits depuis la Seconde Guerre mondiale est que le char ne fait pas en majorité de la lutte antichar. Si environ plus de 25 % des chars font du combat de chars pendant la Seconde Guerre mondiale, ce chiffre diminue pendant la guerre froide en raison de la nature des conflits, à l’exception des conflits au Moyen-Orient. Mais cela est dû principalement à la différence de niveau des armées qui se font face.
Le retour de la haute intensité rappelle que la part des combats de chars se trouve entre 2 et 5 %, ce qui est faible.
Mais cela ne remet pas en cause ce qui caractérise le char. Le feu qui devient mobile et qui est protégé. La question est de savoir sur quoi doit tirer le char.
Si
le combat de char n’est plus la finalité de sa fonction, la lutte
anti-fortification, anti-personnel reste d’actualité. La puissance
du canon est alors redoutable. L’obus de char, sans avertir, peut
frapper par surprise et faire des dégâts impressionnants. La
capacité de renouveler le tir rapidement en quelques secondes permet
d’assommer des défenses et de faire basculer une situation
tactique.
La chenille aussi apporte ses avantages. Ayant une
faible pression au sol, elle traverse plus facilement les terrains
gras ou étroits. Si elle reste sensible aux armes, elle est devenue
plus résistante que les pneumatiques. Elle offre surtout une
capacité de franchissement bien supérieure et surtout en étant
plus légère qu’un train de roulement pneumatique (il faut penser
aux arbres, aux suspensions, aux contraintes des freins, etc.).
La protection évolue aussi. S’il n’y aura pas de révolution technologique dans les matériaux, l’arrivée de systèmes actifs redonne un avantage à la protection. La supériorité seule de la technologie n’apporte pas de supériorité car la distance de l’engagement et la nature des menaces font qu’un fonctionnement simple peut faire fonctionner. Les chars les plus appréciés sont les chars de générations précédentes qui sont plus simples et plus légers.
Quant à la menace. Les drones en particulier, je rappellerai ces mots du maréchal Pétain à Verdun : « Je suis aveugle, Rose, balayez-moi le ciel ! » La meilleure méthode de lutter contre les drones sera les drones. Les drones nouveaux arrivent. Ils sont plus rapides, plus puissants et demain auront un armement qui leur permettra de détruire les drones ennemis et en particulier les drones d'ISR. Il va se passer ce qui s'est passé pour l’aviation, on verra apparaître une chasse d’un nouveau genre qui balayera le ciel de la menace drones.
Les robots eux aussi vont continuer à se développer. Les machines ont des défauts pour l’instant qui ne les rendent pas aussi efficaces que les drones aériens. La latence en particulier et le manque de protection en font des cibles faciles pour les drones. C’est ici qu’il y a aussi une différence de concept. Le premier est celui d'un robot qui serait aussi, voire plus protégé qu’un char et qui coûterait très cher, et de l’autre, ceux qui prônent la masse et donc des robots consommables nombreux et à bas coût. Le premier fait que la différence entre un char habité et inhabité pose la question de l’utilité. C’est le constat des Américains avec le programme RCV Heavy qui n’a jamais été construit.
Remplacer le char par un robot est une vraie question. L’avantage de l’humain est la réactivité de celui-ci, sa capacité de discernement, son intelligence de situation et surtout à un coût inférieur à une machine. L’IA promet la fin de l’engagement de l’homme dans la bataille, mais il n’y a pas d’occupation, de conquête, s'il n’y a pas un homme sur la position. La mort continuera donc de hanter les champs de bataille et les guerres du futur malgré tous nos efforts. La capacité de « réfléchir » ne remplacera pas les hasards, les ruses, les surprises, les modifications d’environnement, etc. La résilience tant vantée pourrait être la plus grande faiblesse des armées robotisées.
La machine la plus adaptée et adaptable est l’homme et le char est le prolongement de cette capacité.
Le char va changer pour redevenir ce qu’il était, une arme de manœuvre d’ensemble apportant le feu chez l’ennemi et éteignant le feu chez nous. Travaillant avec les autres armes, il apporte la mobilité du feu rapide et puissant sous protection. Si les drones ennemis sont mis à distance, rapidement, il retrouvera ses avantages. Rapide, frappant par surprise. Il lui faudra toujours un environnement interarmes pour avancer et survivre. Il n’est pas l’engin principal de combat mais un vecteur d’un système. Combinés aux autres, ils deviennent tous ensemble une masse de combat victorieuse.

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