Le scénario iranien

 


Dans pratiquement tout les articles de ce blog qui traitent du conflit russo-ukrainien, j’exprime mon scepticisme quant à une éventuelle attaque des pays de l’Otan par la Russie. En effet, celle-ci ne parvient déjà pas à s’emparer totalement du petit bout de territoire qu’est le Donbass, comment imaginer qu’elle ait la capacité de s’attaquer à l’Otan ? De plus, il faut prendre en compte la vision du monde par les Russes qui se focalisent sur la préservation d’une zone d’influence à la fois culturellement et géographiquement proche dont les pays de l’Otan ne font pas partie. Seuls les Pays baltes pourraient être menacés si y était constatées des « persécutions » des minorités russophones. Cela est logique aussi par rapport au niveau de puissance de l’Otan et surtout sa capacité à frapper dans la profondeur grâce à sa supériorité aérienne, sa profondeur stratégique bien plus importante et riche ainsi qu’une réserve humaine incomparable à celle de la Russie.

De plus, l’industrialisation de l’Otan dans son ensemble est largement supérieure à celle de la Russie et donc la capacité à tenir une guerre longue est largement en faveur de l’Otan. Les Russes n’étant pas sans doute quand même pas suicidaires, l’option militaire parait improbable.


Mais il y a eu la crise iranienne. Les Iraniens ont surpris en frappant l’ensemble des pays du Golfe qui disposaient de bases occidentales. Cette attaque massive a non seulement surpris les Américains mais aussi les pays du Golfe. Les Américains ont rapidement dû revoir leur mode d’attaque en privilégiant des attaques à partir de bases plus lointaine dans la profondeur.

La deuxième surprise est venue des grandes réserves de missiles et de drones à disposition des Iraniens qui ont noyé les défenses adverses. Loin de s’amenuiser, la qualité des systèmes n’a fait que s’améliorer au fur et à mesure du temps, ce qui a encore plus mis en difficulté les défenseurs.

La résilience des Iraniens était également inattendue. Ayant enterré les usines et les stocks d’armes, ils ont été en mesure de frapper tout le long du conflit, ce qui leur a permis de tenir jusqu’au « dernier missile ».

Enfin, le blocage du détroit d’Ormuz a pris tout le monde de court. Incapables de le débloquer, les Américains ont créé les conditions d’une crise économique les obligeant à « lâcher du lest » pour ne pas la subir à leur tour. La situation était tellement ridicule que le président Trump a été obligé de définir la réouverture du détroit comme but de guerre (alors qu’avant le conflit, le détroit n’était pas bloqué!).


Pour en revenir au conflit russo-ukrainien, la question est de savoir si les Russes sont dans la même configuration que les Iraniens. Les Russes ont la capacité conventionnelle de frapper dans la profondeur stratégique de l’Europe. Une attaque de vagues de drones de tout type couplée à des missiles pourrait surprendre, même si la première vague doit pouvoir se faire arrêter. Avant cela, il y aura eu une montée aux extrêmes. La phase première de l’influence est terminée. La phase deux du sabotage passif et actif a commencé. La phase trois sera sans doute plus agressive avec des actions de terrorisme armée, de déstabilisation des états souverains etc. La phase trois sera, on peut le penser, précédée d’avertissements verbaux annonçant l’attaque. Il ne s’agira là que de prévenir sans détruire. Puis la phase suivante consistera vraisemblablement en des frappes dures, même peut-être de décapitation. Les Américains ayant ouvert le bal avec ce modus operandi (au Venezuela, en Iran), il n’est pas dit que l’action initiale ne cherchera pas à décapiter les rouages politiques en une frappe.


La question de la réserve de munitions est à considérer. Les Russes ont-ils des stocks en mesure de faire durer les frappes sans monter aux extrêmes nucléaires ? En tout cas, sauf erreur, il n’y a pas d’informations qui aillent dans ce sens. A l’époque soviétique, il existait un certain nombre d’entrepôts plus ou moins protégés mais ils ne sont pas de même nature que le réseau iranien.

Les Russes ne disposent pas non plus de détroit stratégique à bloquer. Il n’y a que le passage entre la Pologne et les Pays baltes qui est stratégique. Kaliningrad est bardée de missiles dont certains sont nucléaires. Tenter de la prendre aux Russes, c’est se garantir des millions de morts. Ils pourraient bloquer la Mer baltique de la même manière que les Ukrainiens bloquent la Mer noire. Ils en auraient peut-être les moyens mais, là encore, ils ne semblent pas jouer des scénarios impliquant l’utilisation de technologies des drones navales nécessaires à ce type d’action, à voir.


Ainsi, l’option iranienne n’est pas si facile à mettre en œuvre. Pourtant, s’il est limité géographiquement, le risque n’est pas nul. Les Russes devraient frapper sous le seuil d’une montée aux extrêmes et surtout en deçà du seuil de la volonté américaine d’intervenir en force. La position de l’Otan aux yeux des Américains d’aujourd’hui n’est pas évidente. Pour Trump, le refus des pays alliés de s’engager à ses côtés en Iran est plus qu’une faute, c’est une trahison. Trump se lancera t-il dans une intervention si seulement une ou plusieurs parties de l’Otan sont menacées, ce n’est pas si sûr. Cela dépendra aussi de la nature de la menace.

Reste enfin à savoir quelle sera la résilience des peuples occidentaux si les infrastructures permettant les flux énergétiques sont bloquées, voire détruites ou si, à cause de l’état de guerre, ils se retrouvent privés d’internet, d’un certain nombres d’aides et autres avantages, ou même du confort minimum. L’avenir nous le dira !

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