Le futur est arrivé et l’on
découvre que la vision de l’auteur s'est confirmée. Dans son
livre, il comprenait que la précision , les moyens de
communication et de gestion du champ de bataille allaient changer la
physionomie de la guerre. Sa perspective sur la nature de
l’affrontement est aujourd’hui démontrée.
L’auteur
écrivait en effet que le champ de bataille allait changer de forme.
Celui-ci s'était déjà métamorphosé entre 1800 et 2000. Là où
l’on mettait une armée entière, c’est-à sur un front de
quelques kilomètres, en 1914 on y mettait une division, en 1940 un
bataillon, en 2000 une section. La différence vient de la portée
des armes et des moyens de communication.
Pour
répondre tactiquement au problème posé par la précision et la
numérisation du champ de bataille, Hubin avait imaginé un front
lacumaire, c’est-à qu’il n’y avait plus de ligne de front mais
une zone de front où l’ennemi peut être devant comme derrière.
La zone de front ressemble à un jeu en damier. Cela est rendu
possible par deux éléments. La fin de la concentration des moyens
en raison de précision et la portée des frappes et la vitesse de
l’information qui ne laissent plus le temps d’organiser la
manœuvre. Cela a pour conséquence que, pour lancer une attaque,
seule une unité déjà organique au départ et qui est suffisamment
discrète dans son déploiement peut agir sur le champ de
bataille.
Ce qui était alors une théorie est vérifié
en Ukraine. Les Russes, comme les Ukrainiens, ne déploient pas plus
d’une section au maximum au même endroit. Et cette manœuvre est
déjà jouée au niveau brigade. Le front est conquis par des équipes
de 2 à 3 hommes se déplaçant à pied ou en moto et qui
s’infiltrent le plus loin possible. Une fois leur zone d’action
atteinte, ils renseignent et demandent des appuis (drones,
artillerie, chars…) pour faire durer leurs actions. D’autres
équipes viennent au fur et à mesure pour augmenter le volume
d’hommes présent. Le nettoyage des agglomérations se fait par
petites équipes. Quand celles-ci tombent sur un point dur, elles
demandent l’appui ou elles se regroupent pour une action avant de
nouveau se disperser.
Le ravitaillement se fait par les
derniers arrivés, par les drones et robots. Des soldats tiennent des
positions, quelques fois des mois, isolés loin dans le dispositif
ennemi.
Pour cette tactique, le chef tactique est plus le
caporal ou un sous-officier qu’un officier. Chers à former,
ceux-ci ne peuvent plus diriger sur le terrain la section/peloton car
ceux-ci sont tellement éclatés que leur action morale est
inefficace. Hubin voyait la fin des capitaines à la tête de leur
compagnie/escadron. L’Ukraine a révélé que c’est la présence
même des officiers en première ligne qui a disparu.
Ceux-ci
organisent à distance l’action de leurs unités avec les
opérateurs drones. Loin du contact, ils indiquent les itinéraires,
font les demandes d’appui, organisent les regroupements, les
ravitaillements, etc. Toutes ces choses qui ne peuvent plus être
réalisées en première ligne. La notion de ligne de front, de chef
commandant sa section est une image du passé.
En 1815, un
maréchal chargeait à la tête de son armée sur le champ de
bataille. En 1915, c’était le chef de bataillon, voire le
capitaine, qui était à la tête de son unité. En 2025, c’est
l’adjudant qui voit plus le sergent qui est le leader de
l’attaque.
La guerre change ce qui imposerait aussi de
changer l’organisation des armées. L’idéal serait de constituer
des unités de la taille de la section qui serait déjà interarmes.
Chaque élément de la section serait commandé par le chef de
groupe/vhl, vrai commandant au combat. Les officiers, eux, seraient
sous les ordres du colonel et s’entraineraient au commandement
interarmes.
Mais cela n’est pas possible car les
spécificités sont telles que l’on risque plus de perdre de
l’efficacité qu’autre chose.
Une section à la
mission serait plus intéressante. Organiser les unités à la
mission donne une plus grande cohérence. La reconnaissance ne
nécessitant pas le même matériel que le passage d’une rivière,
on pourrait imaginer des pions tactiques agissant au meilleur endroit
au meilleur moment pour une action particulière. Cela nécessite un
commandement ayant la capacité de prévoir le coup d’avance avant
même le résultat de l’action précédente. C’est en cela que le
régiment lourd/léger est une réflexion intéressante.
Échelonnée
dans la profondeur, agissant sur 360°, le détachement interarmes de
mission devrait effectuer un combat dans un environnement « gris »,
c’està dire n’appartenant à personne. L’axe d’attaque
serait lui aussi aléatoire par rapport à la situation tactique. On
laisserait volontairement des forces dans le « dos » pour
les isoler pendant que l’on chercherait à s’infiltrer par des
itinéraires les plus discrets. Pour cela, l’emploi d’engins
légers de petite taille est essentiel. Capable d’ouvrir le feu en
omnidirectionnelle, la section agit dans le cadre d’une mission
pour certains, loin derrière les lignes ennemies. Appliquant des
effets sur celui-ci par des feux, du blocage, ou du renseignement,
les pions sur le terrain agissent sous une forme d’action
anarchique et aléatoire désorganisent la défense de l’ennemi
jusqu’à sa neutralisation totale.
C’est ici que le
choix du véhicule est stratégique. Loin des véhicules massifs et
imposants, l’engin de combat doit être discret, véloce, simple à
produire, à servir, à réparer et à entretenir pour un emploi dans
un milieu hostile sous contrainte de danger.
Même le
choix de l’énergie de propulsion doit être réfléchi à l’aune
de ces contraintes.
Pour donner un exemple, un détachement
interarmes à 4 véhicules et transportant l’équivalent d'un ou
deux groupes de combat doit s’infiltrer le plus loin possible chez
l’ennemi. La mission est préparée par le chef de peloton dans un
PC connecté et/ou mobile. Suivant l’itinéraire prévu, le DIAM
laisse derrière lui une poche de résistance ennemie en s’infiltrant
par un itinéraire reconnu par un DIAM de reconnaissance.
Puis
une fois le point atteint, il doit effectuer des feux indirects sur
un point de résistance ennemi avant de rechanger de position en vue
d’une prochaine progression. Caché dans un bois ou dans un
village, il essaie de se faire oublier de l’ennemi jusqu’à la
prochaine action. Il voit un DIA génie ouvrir une brèche à 2 km et
se replier. Une autre DIA de lutte anti-renseignement agit par la
destruction de drones de reconnaissance et du brouillage radio. Juste
à côté, les hommes entendirent le tir d’un canon ennemi, mais ce
n’est pas leur objectif. D’autres DIA agissent de manière
désordonnée. Une contre-attaque ennemie traverse le dispositif sans
réponse. D’autres DIAM agissent sur elle en venant d’autres
directions. Le combat est volontairement chaotique.
Des
robots de combat aident à couvrir les angles morts en surveillant
des espaces masqués. Il y a aussi des drones ou des robots qui
déposent des conteneurs légers de ravitaillement.
Tout
est pourtant organisé, cela est possible grâce à l’IA et la NEB.
Le rythme des destructions, des actions et des déplacements empêche
l’ennemi de réagir avec efficacité. L’ennemi est comme détruit
de l’intérieur sans avoir eu le sentiment d’avoir fait une
« grosse bataille ».
Voilà ce à quoi
pourrait ressembler la guerre future, mais il faut pour cela accepter
l’innovation et les contraintes liées à sa forme (légèreté,
isolation, besoin d’endurance, de communication, acceptation des
pertes, etc.). Il faudra aussi accepter que les officiers quittent la
tête de l’unité et, d’une certaine manière, le champ de
bataille. Ce sera peut-être cela le plus difficile.

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