La guerre de l’information


Il y a moins d’un mois, on entendait parler de la remontée de l’Ukraine dans la guerre. Zelensky, par une campagne de communication savamment menée, montrait aux occidentaux ébahis la destruction des raffineries en Russie, les assauts de robots terrestres qui faisaient même des prisonniers et les exploits de drones d’attaque toujours plus intelligents qui détruisaient canons et camions dans les arrières russes. Les images étaient impressionnantes. Tous les états-majors et beaucoup de politiques annonçaient le déclin des Russes.

Impressionné par le spectacle et je commençais, moi aussi, à émettre des doutes sur la capacité des Russes. Selon les comptes-rendus du champ de bataille, les Russes continuaient à prendre des villages mais, en parallèle, les Ukrainiens contre-attaquaient et reprenaient du territoires.

Là encore, comme à chaque fois en Ukraine, il faut prendre du recul et chercher la vérité ailleurs.

Prenons par exemple la ville de Pokrovskoe dans la région de Dnipro au 24 juillet 2026. On peut observer sa situation sur quatre cartes publiées par quatre médias différents. Cela donne une idée de la difficulté d’avoir une vision juste du théâtre.

La première carte ISW est le célèbre site américain (https://understandingwar.org/research/russia-ukraine/russian-offensive-campaign-assessment ). Sur la carte, on voit clairement que les Russes ont été repoussés et que le combat a lieu ailleurs. ISW ne montre actuellement que des avancées franches des Ukrainiens tout en laissant dans la zone grise les progressions russes. Cela n’est pas choquant en soi vu la nature de l’occupation du terrain.



Sur un site ukrainien, Livemap (https://liveuamap.com/ ), la ligne de front apparaît avec un léger pendant en faveur des Ukrainiens. Le site est intéressant car il donne une idée de la « vision ukrainienne ».



Sur Sputnik Africa (https://fr.sputniknews.africa/), la la carte est complètement en faveur des Russes.



La dernière carte vient de Conflits en Cartes (https://www.youtube.com/@lesconflitsencartes4159 ) qui, à l’image d’Oryx, récupère la géolocalisation des attaques et des destructions. Cette carte donne partiellement raison aux Russes. Cependant l’offensive qui aurait lieu dans la région de Vochansk est montrée sur ISW et Sputnik mais pas sur Conflits en Cartes.

Ainsi, avoir un point précis de la situation est objectivement difficile.


Et puis il y a eu la fameuse guerre des robots vendue par Zelensky. Là encore, tout le monde voyait déjà les Ukrainiens retourner la situation. Mais il faut sans doute relativiser. Les offensives robotisées ne sont pas l’apanage des Ukrainiens. A Berdychi en avril 2024, les Russes sont partis à l’assaut d’un village avec des robots terrestres. Ils utilisent depuis lors des robots terrestres qu’ils produisent d’ailleurs depuis le début de la guerre (1).


Nous sommes bien là dans de la guerre informationnelle. Les bombardements de 40 jours de l’Ukraine sur la Russie ont été un des exercices les plus trompeurs. Les images des explosions des réservoirs et les files d’attente aux stations services en Russie ont convaincu les media occidentaux de l’efficacité des frappes.

Mais voilà, les livres d’histoires sont remplis de guerres contemporaines (le Blitz, bombardement de l’Allemagne ou du Japon --à l’exception des bombes nucléaires US-- durant la Deuxième Guerre mondiale, du Vietnam par les Américains, etc) où le bombardement n’a pas changé la donne de la guerre. Celui-ci ne touche pas la population directement. Les Russes contemporains ont souvent connu des périodes de disette et faire la queue a été un sport national sous le communisme et à la chute du Mur de Berlin. Donc, ce n’est pas cela qui fera céder les Russes.


Une mission d’interdiction ou l'information selon les russes



Il semble toujours que les Russes se préparent à attaquer Kramatorsk et Sloviansk à l’automne. La bataille qui a déjà commencé, prendra des mois. Il y a une quelques semaines, les Russes ont commencé la préparation de l’assaut final des deux villes. Même si cela n’est pas montré par les media occidentaux, ils se sont mis à détruire les stations service accolées au front, puis les dépôts logistiques, les locomotives, les plots logistiques, les stations électriques et surtout le port d’Odessa.

Ils profitent de l’avantage que leur ont donné les Américains dans cette affaire. A cause de la guerre en Iran, les stocks de Patriot ont fondu et il n’en reste presque plus aux Ukrainiens. Les pays du Golfe ont vidé leurs dépôts et en demandent toujours plus aux Américains. A la différence des Ukrainiens, ils paient comptant mais le problème n’a fait qu’empirer. Les Américains aussi ont des difficultés dues aux délais d’approvisionnement en matières premières et de montage des missiles. Il y a un vrai trou capacitaire et les Russes l’exploitent en procédant à des frappes balistiques.

Les dernières en dates révèlent un changement de paradigme. Des missiles ont fait une centaine de morts ( une dizaine selon les ukrainiens mais pas selon les témoins) dont de nombreux étrangers, lors d’une exposition d’armes à Kiev (2). Les renseignements russes parviennent aujourd’hui à frapper un certain nombre d’usines, même camouflées, et de dépôt d’armes. Malgré le dires des Ukrainiens, rien ne semble les arrêter. Les nuages et les explosions filmés montrent de nombreux buts. 



A Odessa, les navires officiellement vides allaient récupérer le blé ukrainien. Mais l’attaque en règle des installations portuaires et des navires interdisent aujourd’hui aux navires de passer sans se faire toucher (3). Les compagnies occidentales refusent de couvrir un tel risque. C’est une partie des ravitaillements ukrainiens qui sont bloqués ou détruits. Les conséquences stratégiques se verront dans quelques semaines à travers le degré de résistance des troupes ukrainiennes. Soit cela ne joue que de manière partielle, soit cela crée un vrai déficit de moyens.


C’est, en fait, toute la profondeur tactique ukrainienne qui semble actuellement en train de se faire isoler par les bombardements.

Les Ukrainiens ont encore l’avantage de disposer de nombreux lieux de stockages dans l’Ouest du pays, loin dans la profondeur stratégique du pays. La question est de savoir si celle-ci arrivera à soutenir le front malgré l’interdiction mise en place par les actions russe. Si les camions ou les locomotives se font détruire, il sera difficile de faire tenir le front dans la durée.

Jusqu’à présent, les Ukrainiens ont tenu et devraient pouvoir résister dans la durée si le soutien arrive en première ligne. Ils l’ont prouvé par le passé et ont déjà retenu les offensives russes. Maintenant, il faut savoir s’ils arriveront à arrêter celle-ci.

Les signes ne sont pas bons. En effet, Zelensky réitèrent sa demande de cessez le feu. Il vient de limoger sont commandement en chef et son ministre de la défense et ce, en « pleine offensive ». La pression des Américains n’aura, cette fois-ci, que peu d’effet car ils sont coincés dans leur conflit en Iran.

voila comment peut être lu les informations vu de Russie, l'information peut être interprété selon la vision que vous avez de la situation. D'où la difficulté d'avoir une vision réel de situation. La vérité est la première chose tué lors d'une guerre. 

 

La guerre communicationnelle oblige à faire attention à ce qui est dit et vu. Elle sert à tromper les masses sur la situation avec des intérêts derrière. Par exemple, il faut justifier le soutien financier à des peuples qui commencent à en voir les effets sur leur pouvoir d’achat. Un autre intérêt est la justification des efforts entrepris. Si le soutien financier n’est pas suivi de résultats, à quoi bon continuer à soutenir ? La guerre communicationnelle sert également à justifié les efforts de réarmement nationaux en espérant que les peuples occidentaux ne soient pas trop regardants sur les sommes allouées.

Néanmoins ces peuples disposent aussi de l’information et ont fait par le passé l’expérience amère de la désinformation. Du massacre des bébés dans un hôpital à Koweït City en 1991 (4) à la détention d’armes de destruction massive par l’Irak en 2003 (5) et autres, les dirigeants occidentaux ont très souvent méprisé la vérité pour tromper les foules. Ces mensonges et d’autres font que même lorsqu’ils disent la vérité, il est parfois difficile de les croire.


(1) https://statewatch.org.ua/publications/analityka/sanktsii/state-watch-prezentuie-doslidzhennia-rosiyski-nazemni-robotyzovani-kompleksy-nrk-u-viyni-proty-ukrainy/ ;

https://defence-blog.com/new-report-tracks-russias-growing-combat-ground-robot-fleet/ ; https://www.roboactu.fr/la-russie-deploie-au-moins-20-types-de-robots-terrestres-en-ukraine-selon-le-centre-statewatch/


(2) https://www.franceinfo.fr/monde/europe/manifestations-en-ukraine/en-ukraine-10-morts-et-pres-de-100-blesses-dans-une-attaque-de-missile-russe-pres-de-kiev_8120759.html 


(3) https://www.rfi.fr/fr/europe/20260724-guerre-en-ukraine-le-corridor-maritime-de-la-mer-noire-%C3%A0-l-arr%C3%AAt-apr%C3%A8s-une-s%C3%A9rie-d-attaques-russes


(4) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/rendez-vous-avec-x/rendez-vous-avec-x-du-samedi-07-mai-2022-3160954


(5) https://www.npr.org/2023/02/03/1151160567/colin-powell-iraq-un-weapons-mass-destruction ; https://lcp.fr/programmes/les-mensonges-de-l-histoire/2003-la-guerre-en-irak-161184 ;





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