Quand l’industrie aide à gagner des batailles.

 


Hummer, M113, VAB, Spartan, AMX13, T55, tous ces engins ont brillé ou brillent encore sur le champ de bataille. Pourtant, aucun de ces engins ne se caractérise par une technologie de pointe ou complexe. Au contraire, ils sont simples, faciles d’entretien, faciles à produire, à modifier et à adapter.

Leurs forces ne résident pas dans leurs capacités pures mais dans leur simplicité.

Et l’histoire leur donne souvent la victoire ou, du moins, une capacité à durer là où les machines plus complexes disparaissent. Cela commence en 1942 avec le M4 Sherman. Il ne dispose pas du meilleur armement, ni du meilleur blindage et n’est pas le véhicule le plus performant en tout terrain. Oui mais il est facile à produire, facile d’entretien, facile à modifier, il est fiable mécaniquement. Il a été conçu pour être endurant. Il l’a tellement été qu’il était encore en service dans certaines armées jusqu’aux années 1990.

À l’opposé, le M1 Abrams, le meilleur char de bataille selon les Américains, est tout simplement insoutenable. Il a besoin d’une maintenance exigeante, d’un apport important en carburant et d’un soutien constant. En Irak durant la guerre contre Daech, quand les djihadistes capturaient un Abrams, ils prenaient la photo pour la postérité et ils faisaient exploser l’engin !

La guerre en Ukraine a encore une fois de plus confirmé cette réalité. Les véhicules qui « brillent » sur le champ de bataille sont les plus simples, les plus soutenables et ceux que l’on peut modifier les plus facilement. Ainsi, le Hummer est le cheval de bataille des ukrainiens comme le M113 et le VAB. Le Léopard 1 montre encore une persistance remarquable comme le T55.

Ne faut-il pas alors imaginer et concevoir des engins moins technologiques et plus « simples » et endurants ? Ce que veut un soldat, c’est l’assurance que sa machine ne tombe pas en panne au mauvais moment. Que celle-ci soit suffisamment solide pour le sortir d’un mauvais pas et que même détériorée, elle vous mène à bon port. Même si elle ne tire pas à 4000 m à 60 km/h, si elle tire juste à l’arrêt ou en roulant à distance de combat normal, c’est à dire, à moins de 2000 m, cela peut suffire.

La leçon de l’Ukraine et des autres guerres récentes est que la capacité à fournir du volume est aussi essentielle, voire plus, que d’avoir un équipement de haute technologie. On le voit avec les drones et les missiles sol/air qui se font un duel à distance. Il semble que celui qui sera en mesure de tirer en dernier sera le vainqueur. Malgré un haut taux revendiqué d’interception, la différence de temps de production et de coût entre un Shahed 136 et un Patriot fait largement gagner le premier.

Je dirais que l’affrontement entre deux armées au technologies différentes peut ce rééquilibré si la guerre dure. Imaginons donc une armée « bleu » avec des machines complexes et performantes qui affrontent une armée « rouge » doté de machines simples et endurantes. Au premier contact, l’armée bleue va avoir l’avantage dans ses duels. Mais si l’armée rouge trouve un moyen d’équilibrer par certaines technologies, elle peut prendre dans la durée l’avantage sur l’armée bleue.

Comment, me diriez-vous. D’abord par une cohérence entre la stratégie, la doctrine et les moyens. Si je sais que ma faiblesse est technologique, je m’attache à ne pas affronter le point fort de l’ennemi mais ses points faibles comme le ravitaillement, la maintenance, les soutiens divers. En second, je cherche à mettre la technologie là où je peux me différencier. L’exemple iranien avec les missiles et les drones est intéressant. Pour les Ukrainiens, ça a été les drones. Cela pourrait aussi être les mines, l’artillerie ou les missiles.

Si l’on arrive à annuler l’avantage de l’adversaire et à faire durer la guerre, alors, la résilience viendra à celui qui arrivera à produire plus d’engins qu’il n’en perd et à tenir ce rythme dans la durée. Disposer de stock est alors utile dans un premier temps mais on ne peut pas se passer de produire pour remplacer les équipements perdus. Actuellement, la guerre en Ukraine et en Iran coûte plus cher à l’Occident qu’aux deux adversaires. Les Russes, par exemple, ont fait le choix de standardiser la production pour avoir de la quantité et l’adaptabilité. Ils espèrent que cela sera suffisant pour faire céder l’Occident. S'ils réussissent à tenir dans la durée et à user l’ennemi plus qu’ils ne sont eux-mêmes usés, alors ils pourraient gagner ce conflit, mais cela est pour l’instant de la spéculation.

L’exemple historique est naturellement la Seconde Guerre mondiale où les Alliés ont su standardiser les équipements tout en apportant certaines qualités (comme le P51 Mustang ou le Il2). La France pourrait construire un modèle nouveau et pragmatique. Au lieu de chercher un équipement très (trop) technologique, elle pourrait au contraire faire le choix d’une technologie plus redondante avec ce qui existe dans le civil, facilitant la maintenance et le soutien. Des engins plus légers et plus petits, plus fiables mécaniquement, qui nous permettraient de retrouver un volume appuyé par des drones, une artillerie et une aviation plus performants technologiquement et ayant un pouvoir d’agression plus important. Alors la capacité à mettre du volume partout et dans la durée nous permettrait de tenir une guerre longue.




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