Il y a dans la communauté de défense un mouvement de pensée qui consiste à dire que la guerre en Ukraine n’est pas l’avenir de la guerre du futur. Ils expliquent que la situation sur le front n’est due qu'aux erreurs tactiques de l'un et de l'autre et que, dans un cadre d’engagement « normal », il n’y aurait pas eu de blocage.
Le contre-exemple est d’un certain côté la guerre en Iran. Disposant de la supériorité aérienne dès le début du conflit, les Américains et les Israéliens ont eu la liberté de manœuvre dans le ciel d’Iran. Et donc, si les forces terrestres de ces deux pays s'étaient engagées au sol, il n’y avait aucun doute dans la victoire finale au sol.
Pourtant, au Sud-Liban, les Israéliens commencent à subir des pertes humaines plus importantes que prévu. Et cela est imputable qu’à une seule arme : le drone.
Ne pas voir ou vouloir voir que celui-ci est vraiment un nouvel objet dans la bataille moderne est une stupidité. La manœuvre à l’ancienne ne peut plus se faire sans risquer des pertes lourdes et l’échec.
Le problème vient de la vitesse du drone, de sa portée, de sa furtivité et de sa modularité. Un drone peut se déplacer à plus de 300 km/h à plus d’une cinquantaine de kilomètres (voire plus). Sa taille, son comportement et ces modes d’attaques peuvent tromper les protections même actives De plus, ces fonctions se diversifient et vont de la lutte antichar en venant percuter la cible, au mini-bombardier ou lanceur de roquettes. Il peut se transformer en lance-flamme, en poseur de mine, en porteur de sous-munitions, etc.
Autre avantage, il ne nécessite pas beaucoup de soutien. Un simple pick-up peut en transporter des dizaines. Ils sont faciles à produire, à réparer et sont économiques. Une équipe légère à plus de 20 km du front peut bloquer une offensive en très peu de temps.
Si le drone n’attaque pas, il peut renseigner, servir de liaison radio, de moyen de soutien logistique, voire évacuer des blessés.
Pour l’instant, c’est 10 % des attaques réussies de drones qui infligent 80 % des pertes de l’armée russe. Imaginons que ce chiffre passe à 20, 30 ou 50 % combien il y aurait de pertes ?
Même nos systèmes de protection actuellement en cours de déploiement semblent bien faibles face à la nature de la menace.
Naturellement, là où il n’y a pas de drone, la manœuvre est possible. On peut imaginer dans le désert par exemple que les opérateurs soient plus facilement repérables C’est pour cela qu’ils opèrent dans les zones d'habitations Il est donc possible de « manœuvrer » dans les vides tant que ces vides ne sont pas à portée des drones.
Il faut aussi dire que l’efficacité de l’action des drones est imputable aux renseignements. Si l’attaquant arrive à neutraliser les moyens de renseignement adverses, il peut réduire la capacité de riposte de celui-ci.
Il y a aussi l’importance d’être aussi bien renseigné pour surveiller l’ensemble de l’espace de manœuvre dans la profondeur et détecter les déplacements de drones.
Il faudrait donc des drones de veille aérienne spécialisés dans la détection de drones combinant de l’optronique, du laser et du radar. Mais cela nécessite de miniaturiser des technologies très complexes et coûteuses Puis il faudrait des chasseurs de drones eux-mêmes équipés de mini-roquettes ou autres et qui attaqueraient les drones d’observation en maintenant une permanence au-dessus du front.
Cela obligerait les opérateurs ennemis à combattre plus près du front pour avoir des informations en temps réel. Ils seraient donc à portée de riposte.
Mais l’action des drones adverses est aussi dépendante de la vitesse d’exécution de l’action. Si l’adversaire a le temps de déployer ses opérateurs et que ceux-ci disposent de munitions en nombre suffisant, ils seront à même de ralentir voire de contrer l’action offensive.
Pour limiter cela, on doit pouvoir accélérer le rythme de décision de la manœuvre pour apporter de la vitesse à celle-ci. L’avenir de la guerre est à celui qui sera capable de pratiquement faire « sa » guerre en temps réel. Il s’agit en effet de faire que la manœuvre qui serait construite par l’état-major soit mise à jour continuellement et avec plus de réactivité que l’ennemi. Par exemple, une attaque d’une ville nécessitera un appui d’artillerie plus important avec peut-être aussi une volonté de contournement en traversant une rivière. L’idée est ici de raccourcir les temps de préparation en ayant le « coup d’avance », voir deux ou trois. Limiter les temps redondants handicapent la prise de décision trop pyramidale. Il faut pouvoir surprendre en profitant des occasions. C’est en cela que l’IA peut devenir une aide précieuse. Elle permet de simplifier l’écriture des ordres initiaux et son adaptation pour les subordonnés. Il est aussi d’imaginer qu’elle participe à la prise de décision par la lecture du terrain, des axes, du relief et des cours d’eaux, des zones urbaines et naturellement de l’adversaire, de ses capacités et de ses faiblesses. Ainsi, une manœuvre peut être imaginée, écrite et jouée dans un temps réduit. Il faut ensuite une diffusion rapide et sécurisée, mais c’est sa capacité à s’adapter et à profiter des opportunités qui doit faire la différence.
Il est alors important que les forces soient elles aussi réactives pour l’exécution. Sans cela, les gains de temps gagnés lors de la création de la manœuvre seront perdus.
Allant plus vite grâce à un commandement plus rapide, nettoyant le ciel pour réduire la capacité de renseignement adverse, une armée moderne pourra de nouveau apporter par le mouvement et par le feu la décision.

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