Non à l’armée européenne

 


Le gouvernement espagnol vient de relancer l’idée d’une armée européenne. Les Espagnols ont, en effet, interdit le survol et limité la présence des forces américaines sur leur territoire. Cela est justifié par leur politique contre la guerre en Iran. En conséquence, les Américains ont menacé de quitter l’OTAN ou du moins d’abandonner la défense de l’Europe aux Européens. C’est pour cette raison que, poursuivant sa logique, le gouvernement espagnol propose de créer une armée européenne pour contrer l’influence des États-Unis.

La première fois que cette idée a vu le jour fut en 1950 avec la Communauté européenne de défense (CED) rejetée par la France. Depuis lors, la chute du Mur de Berlin et le passage à l’Union européenne ont fait avancer les lignes, mais globalement, les pays européens comme l’Allemagne, préféraient rester dans le giron américain plutôt que partir dans une aventure commune.

Les raisons étaient simples Les petits pays ne voulaient pas voir un des États européens plus puissants dominer le reste de l’Europe comme depuis des siècles. La solution américaine étant, à leurs yeux, moins « agressive ».

Pour les grandes puissances, la solution américaine était une manière de limiter la seule puissance réellement autonome du continent, la France, et de limiter les risques d’influence russe.

Avec l’arrivée pour un deuxième mandat du président Trump, la politique américaine a envoyé un message aux élites européennes, disant lequel il ne garantit plus une intervention américaine en cas de menace.

On a vu alors les Européens investir massivement dans leur défense. Même si les budgets ne sont pas encore comparables à ceux de la Guerre froide, ils restent importants. Mais, à sa conception, l’Union européenne n’avait pas vocation à devenir un État au sens strict du terme. Il ne s’agissait que d’échanges économiques et d’éviter de se faire la guerre entre États. C’est pour cela qu’elle a été créée par les Américains.

Aujourd’hui, en revanche, le système de gouvernance de l’UE est devenu beaucoup plus dirigiste. La présidente de la Commission européenne, Madame Von der Leyen, a entrepris que ce soit la Commission qui s’occupe de la défense, au lieu des États qui sont normalement titulaires de cette charge. Pour l’instant, il ne s’agit que de s’occuper de la partie économique, mais la présidente a déjà affirmé qu’elle voulait créer aussi une armée européenne.

La question est de savoir qui va composer cette armée et qui va la commander ? Pour la composition des soldats, le général De Villiers le rappelle : si un soldat se bat sous le drapeau européen, c’est sous le drapeau national qu’il meurt. Actuellement, certaines armées nationales ont des difficultés à recruter. Quand bien même cette armée trouverait des soldats, quelle langue parlerait-elle ? Comme tout est politique et tout a un sens, l’allemand serait mal vu par les pays latins, l’anglais serait trop anglo-saxon, le français serait également contesté. En fait, toute langue adoptée serait suspectée d’être utilisée comme vecteur d’influence sur les autres pays participants.

Qui commanderait cette armée ? Le président du Conseil européen, le parlement ? Quel serait le cadre juridique ?

Pourrait-elle agir contre un de ses membres en cas de sécession ? Quel serait le degré de blocage des États ?

L’exemple type est le conflit au Mali. D’intérêt stratégique pour la France, mais pas pour beaucoup de pays européens, quel serait alors l’engagement de l’armée européenne ?

Pourrait-on voir un doublement des armées avec à la fois une armée européenne et des armées nationales ?

Toutes ces questions ont des réponses qui pourraient créer les conditions de l’explosion de cette Union européenne.

Car pourquoi s’inféoder à un système qui pourrait aller à l’encontre des intérêts nationaux et qui a vocation à échouer ?

L’histoire a aussi montré qu’il fallait toujours se méfier des alliances. En 1936 et 38, c’est la position d’apaisement voulue par les Anglais qui fait reculer la France face à Hitler. En 1940, la France se retrouve seule à gérer le désastre de l’invasion allemande. En 1954, elle est seule en Indochine alors qu’elle se bat, elle aussi, contre le communisme. En 1956, elle est encore une fois trahie par les Anglais qui subissaient la pression des Américains. En 1967, Israël perd le soutien des Français et des Anglais suite à la guerre des 6 jours. En 1974, la Turquie subit la pression de l’OTAN lors de l’invasion de Chypre. Quelle sera la réponse de ces pays ? Eh bien, ce sera la création d’une industrie de défense autonome et la recherche d’une autonomie stratégique.

La France étant l’exemple de ce modèle, elle va construire sa propre force de dissuasion, son armée, en étant le plus autonome possible. L’armée française, comme j’aime le rappeler, n'est pas en 1985 la meilleure armée du monde, mais elle est cohérente et est le fruit d’une stratégie. Elle aurait été, en cas de conflit, une adversaire difficile même si elle ne disposait pas des meilleurs équipements. Nous y arrivions seuls en pleine Guerre froide face à des centaines de divisions communistes, tandis qu’ aujourd’hui, nous ne pouvons plus y arriver sans une alliance. Que s'est-il passé ?

Le premier abandon est politique. La souveraineté est un combat, pas une ode à la paix ! La mondialisation et l’européanisation des esprits ont transformé l’homme politique moderne en adepte de la multinationale. En 1978, la France est la 4ᵉ puissance mondiale, la 4ᵉ puissance nucléaire, la 3ᵉ puissance spatiale. Elle est en partie autonome dans beaucoup de domaines avec un équilibre entre le primaire (production de matière première), le secondaire (la transformation) et le tertiaire (les services).

Aujourd’hui, nous sommes passés 7ᵉ puissance économique (certains nous descendent même à la 9ᵉ place). ArianeGroup est à 51 % allemand, le nucléaire a été sacrifié sur l’autel de l’écologie. Notre secteur primaire n’est plus porté que par l’agriculture, mais celle-ci va être aussi sacrifiée pour les accords de libre-échange. L’industrie ne représente plus que 10 % de notre économie et les chiffres diminuent chaque année. La France, pays qui a inventé l’industrie automobile, risque dans moins de 10 ans de ne plus avoir de voiture nationale et cela alors qu’elle a une dette abyssale de 3600 milliards d’euros.

Le bilan est catastrophique. La promesse de croissance, de richesse et de paix faite par l’Europe n’a jamais été tenue. Se lancer dans une armée européenne serait pour beaucoup d’internationalistes un moyen de nous « alléger » encore d’une charge. Mais la question est : que restera-t-il de nous à la fin de tout cela ?

Devra-t-on aller sur les tombes de nos illustres anciens tombés au champ d’honneur, leur dire qu’ils ont fait tout cela pour rien et que se battre pour la France n’avait pas de sens ?

Et c’est bien cela qui est expliqué aujourd’hui. La France comme les Français peuvent être remplacés…

Je vois dans le monde ces peuples qui cherchent à exister, qui revendiquent ce qu’ils sont même par la force, et de notre côté un abandon de ce qui a fait de nous la France. Malheureusement, l’histoire a montré qu’un tel choix et que lâcheté en général se paient.

C’est pour cela qu’il faut que l’armée reste nationale. Il faut une armée de combat crédible, calibrée à une stratégie claire. Il y a toujours, heureusement, des hommes qui se battent pour cela. Voilà pourquoi il est peut-être temps de tuer « l’armée européenne ».




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