Le retour de la manœuvre

 




Comment casser la supériorité des drones sur le champ de bataille ? Voilà la vraie question pour retrouver une capacité de manœuvre sur le champ de bataille. Aujourd’hui, je rappelle que 80 % des pertes sont imputables aux drones.

La recherche de solution tactique n’a pas apporté une amélioration à la mobilité des forces. Les solutions passives ne sont pas non plus convaincantes puisque de même les engins ultra protégés que sont les « tsar barbecue » ne sont pas capables de résister aux assauts des drones. La dure réalité actuelle est qu'il n’y a pas de solution pour retrouver de la mobilité sur le champ de bataille.


Dans l’histoire militaire pourtant, c’est souvent la technologie qui offre des solutions pour débloquer un problème technique.


Cependant, un équipement nouvellement monté sur les véhicules pourrait changer la donne, l’APS ou Armor Protect Systems vulgairement appelé protection active. Les premiers à avoir travaillé sur ce type de protection furent les Soviétiques avec le « Drozd ». Une fusée montée à l’horizontale était déclenchée par un radar qui détectait la présence d’un projectile. Le dispositif fut monté sur des T55 en Afghanistan, mais les Soviétiques n’insistèrent pas dans cette voie.

D’autres solutions soft furent aussi testées, comme les phares de brouillage IR montés sur les T90 de série. Au début des années 90, les Américains travaillèrent sur le projet FCS ou Future Combat Systems. La protection devait être informationnelle (capacité à savoir avant l’ennemi) et pour la légèreté des véhicules, le blindage devait être actif. Deux solutions furent étudiées, une protection soft kill qui consistait à masquer ou tromper les missiles ennemis et un dispositif hard kill qui devait les intercepter Déjà à l’époque, on s’aperçoit des limites de ce genre de protection et le programme fut annulé avec la deuxième guerre du Golfe.

Les Israéliens, eux, vont après l’échec au Liban en 2006 généraliser l’emploi de leur dispositif hard kill appelé Trophy puis Iron Fist. Les deux systèmes se montant sur les véhicules lourd et léger. La guerre à Gaza a montré qu'à eux seul, ses systèmes peuvent protéger de plus de 80 % des attaques.


La protection active s'est aujourd’hui généralisée La Chine, la Corée, la Turquie, l’Allemagne ont introduit dans leurs arsenaux des technologies hard kill.

La performance des systèmes est devenue remarquable. Ils peuvent intercepter tout type de menace, quel que soit l’angle d’attaque. Cette capacité fait des systèmes hard kill un potentiel moyen de protection anti-drones.


Si un dispositif sur un engin cumule un système soft et hard de protection, il pourrait neutraliser un certain nombre de drones d’attaques. Pour exemple, deux lanceurs de 4 projectiles pourraient éventuellement neutraliser 8 drones. Si le dispositif se recharge ou peut monter, doubler, voire tripler. Vous cumulez cela à un brouillage ou à la mise en place d’écrans de fumée, vous complexifiez l’attaque. Maintenant, vous y rajoutez une arme automatique téléopérée qui pourrait s’approprier les cibles avec le capteur du hard kill, vous obtenez une protection sérieuse anti-drones. Pour augmenter le bouclier, il serait intéressant de mettre les plateformes en réseau avec un maître qui coordonne l’action de la protection. Cette protection de ce groupement pourrait avoir des véhicules dédiés à la lutte anti-drones longue portée avec un véhicule comme le Rapid Fire et qui aurait comme mission de détruire les drones de reconnaissance.



Dernière brique au puzzle, l’emploi de drones de « chasse » qui iraient neutraliser au plus loin les menaces détectées
Ainsi organisé et équipé, le groupement pourrait retrouver sa mobilité tactique et ainsi redonner une capacité de manœuvre au force.
La guerre vit actuellement un blocage opérationnel qui n’a pas, à mon sens, vocation à durer. La technologie doit pouvoir résoudre ce problème. La fin des engins blindés et des chars n’est pas pour aujourd’hui. Mais celui-ci doit évolué s’il veut rester l’engin principal du champ de bataille.





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