« Tout se déroule comme prévu »

 



Cette expression était bien connue dans les pays communistes et en particulier en URSS. En général, les membres du pouvoir qui lançait cette expression envoyait un message collectif exactement inverse c’est à dire que tout à échoué.

Cette expression est toujours employée dans le langage courant en Russie d’ailleurs. Pas du tout connue par les journalistes occidentaux qui n’ont pas « compris » le message étrange du président Poutine en 2022 lorsqu’il annonçait que « tous se déroulait comme prévu », cela voulait dire en fait que rien ne s’était passé comme prévu ! Mais cela ne fut pas compris ici en occident.


Mais cette antiphrase n’est pas le monopole des Russes. Le président américain et une partie de son gouvernement utilise exactement la même figure de style. Annonçant un « 15/10 » et une victoire écrasante, ils sont, chaque jour que dure cette guerre, obligés d’annoncer des attaques toujours plus massives et une victoire toujours aussi écrasante. Trump qui avait même refusé de négocier une reddition
après le début de l’attaque, renvoie cette semaine une demande annonçant la mort à ceux qui refuse.

Les Américains auraient-ils été surpris ?

La première surprise est sans doute la nature de la contre-attaque iranienne. Au premiers abord, il semble que les Américains n’aient pas prévu une contre-attaque sur les pays du Golfe. Comme pendant la guerre des 12 jours, la totalité des frappes ont été menées contre Israël, je crains que les Américains n’aient pas pleinement perçus le risque de frappes sur les bases et les intérêts américains dans la région.

Cela ne devait pas avoir lieu car ils imaginaient aussi la centralisation du système de commandement iranien. Sauf que les Iraniens avaient bien analysé les derniers conflits et se rendaient bien compte que le risque de voir la tête de commandement décapitée était grand. Et leur analyse fut la bonne car c’est exactement ce qui est arrivé.

Ils ont donc donné plus d’autonomie aux subalternes pour que la riposte préparée soit appliquée. Elle consistait à frapper partout dans le Golfe pour mettre sous pression les alliées des Américains dans la région. Les Américains avaient promis une guerre courte et la guerre semble s’allonger. Les moyens de défense de ces pays s’épuisent et les risques de rupture de stock pourraient entraîner aussi des ruptures d’alliance.

L’autre surprise est la résilience du pouvoir iranien. Là encore, une étude historique aurait mis en évidence qu’il n’y a pas de pays de la taille de l’Iran qui ne soit tombé sans une opération terrestre. On peut citer le cas de la Serbie en 1999 mais les circonstances ne sont pas les mêmes. La Serbie était isolée diplomatiquement et géographiquement. Le gouvernement serbe de l’époque avait une opposition en mesure de prendre le pouvoir immédiatement et il était tellement corrompu que la pression sur les oligarques locaux a suffit a le faire tomber.

Le cas de l’Iran est tout à fait différent. Le pouvoir s’appuie sur un régime autoritaire et religieux. Cette dualité compte aussi sur un nationalisme puissant propre au peuple perse.

Comme je l’explique aussi, il y a des différences entre la diaspora et les locaux. L’influence de la première a fait croire qu’il suffirait d’abattre les têtes de chaines pour faire tomber le pouvoir, mais c’était oublier que le pouvoir était aussi religieux. Les gardiens de la révolution disposaient de suffisamment de main mise sur les villes souvent plus mondialistes en s’appuyant sur des campagnes beaucoup plus conservatrices qui fournit les Pasdarans. Dans ces campagnes, les religieux prêchent la haine de l’ennemi, la lutte pour la survie religieuse et le nationalisme propre au pays. Les ruraux étant plus isolés que les citadins, cette propagande est plus efficace. Cela permet un recrutement dans les organisations les plus dure comme les Pasdaran. Ceux sont en mesure, avec leurs armes, d’annihiler tout début de mouvement de contestation.

Ainsi, le plan initial de faire tomber le gouvernement iranien en une frappe décapitante n’a pas permis d’obtenir les résultats stratégiques voulus. Les Américains ont réussi leur entrée en guerre mais seront-ils sortir de cette guerre ?

Voyant que la guerre est partie pour durer, les Américains se rendent compte que la situation ne se débloquera pas sans des interventions au sol. Les voilà obligés de faire venir des Marines du Japon et cela n’était pas prévu. En effet, si cela avait été planifié dans le plan initial, les Marines auraient été mobilisés bien plus tôt dans la région, comme cela a été le cas dans l’opération au Venezuela.

Il se pourrait que les Américains, avec cette force, ne souhaitent pas envahir l’Iran mais effectuer des coups de main amphibies ou dans la profondeur. Mais le risque de pertes pèse sur la pertinence de ces futures actions. Quelle seront alors la résilience et les moyens des Iraniens mais aussi des américains ?

Naturellement, rien n’est plus difficile à décrypter que le brouillard de la guerre informationnelle. Tout cela était peut-être planifié depuis le début mais les actions de chacun font douter que cela ait été le cas.


Dans un conflit, il est important de réussir son entrée en confrontation mais il est important aussi de savoir comment en sortir. Les objectifs initiaux semblent avoir été mal calibrés par rapport aux moyens employés. Sortir de ce conflit par le haut pourrait s’avérer compliqué pour les Américains. Un échec ou un demi échec aurait des conséquences politiques et internationales dangereux pour l’occident. Le rapport à la guerre de la Maison Blanche n’est, en cela, pas « rassurant » et il semble que le président Trump soit très « flexible ». Un arrêt des opérations « imposé » par la « fatigue » opérationnelle (stock de munitions trop bas, incapacité d’obtenir des résultats stratégiques probants etc.) alors que les Iraniens continuent de frapper serait le signe d’un échec total de cette intervention.

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