Premiers retours d’expériences diplomatiques de l’intervention en Iran

 


Israël et les États-Unis viennent donc de décapiter, en une attaque, une grande partie de la chaîne de commandement de l’état islamique d’Iran. Cette attaque surprise a eu comme résultat d’ouvrir de nouvelles perspectives stratégiques.

La première est le basculement politique de l’Iran et hypothétiquement d’alliances stratégiques à court et moyen termes. Ni la Russie, ni la Chine n’a réagi à cette attaque alors que les deux pays risques de perdre un allié de premier ordre.

La Chine, elle, par exemple, pourrait perdre un fournisseur de pétrole qui lui permettait de ne pas être entièrement dépendant du pétrole russe. Elle se verrait aussi obligée de renégocier sa « nouvelle route de la soie » avec les nouvelles autorités qui pourraient prendre le pouvoir.

La Russie pourrait perdre un allié militaire qui lui a apporté une aide militaire au pire moment de la guerre en Ukraine. L’Iran était aussi un acheteur d’armes et permettait aux Russes d’avoir un allié dans cette zone géographique.

La seconde conséquence stratégique est peut-être la plus dangereuse. La décapitation des autorités politiques et militaires semble devenir, pour les Américains, un mode d’action pour gagner une guerre. C’était déjà le cas au Venezuela. Cela pourrait justifier par la suite la décapitation de tout dirigeant d’un état dans la phase initiale d’un conflit.

Cela veut dire que les Russes ou les Chinois pourraient appliquer une frappe de décapitation contre l’Ukraine pour les premiers, ou Taïwan pour les autres, avec les conséquences politiques que cela provoquerait.

Le troisième conséquence est d’ailleurs pour Taïwan. La production de missiles de croisière reste lente et coûteuse. Il faudra aux USA un certain temps pour reconstituer des stocks mais pas que. La marine américaine déploie dans le Golfe 2/3 de sa flotte de surface projetable. A la fin du conflit avec l’Iran, les États Unis seront-ils capable de répondre à une éventuelle attaque chinoise sur Taïwan, en particulier si l’attaque à lieu à la fin du conflit au moment ou les stocks sont les plus bas ?

Mais, pour l’instant, nous ne connaissons pas la force de la résistance du régime iranien et des soutiens dont il dispose au sein de sa population. Comme souvent dans ces pays, il y a une différence entre les campagnes plutôt conservatrices et les villes plus ouvertes sur le monde occidental. Le régime est peut-être beaucoup plus résiliant qu’estimé. Il y a aussi tous les proxy au Liban, au Yémen, en Irak, mais aussi en Europe et en Amérique, qui pourraient attaquer l’occident comme la France a été frappée en 1986. On se souvient, à l’époque, des liens entre l’extrême- gauche (Fraction armée rouge, etc) lié à l’OLP et le pouvoir iranien.

Cela pourrait encore se produire aujourd’hui dans notre pays au vu des liens de plus en plus documentés entre l’extrême-gauche et les islamistes. On peut s’inquiéter de cette situation en particulier dans la perspective des élections à venir.

Pour la France et l’Europe, c’est, d’une certaine manière, une « douche froide ». Les États-Unis n’ont même pas pris la peine de prévenir les dirigeants français de l’attaque. Pourtant largement déployée dans la région, la France n’a pas brillé par sa diplomatie. En s’alliant à une politique anti- israélienne (boycott d’Israël, refus de la guerre etc) et en soutenant la création d’un état palestinien, l’état français s’est décrédibilisée diplomatiquement. Maintenant que nos pays partenaires se font attaquer dans le Golfe, la France se doit au moins de protéger ses alliés sous peine de perdre définitivement tout crédit.

Cependant, à l’heure où j’écris, c’est l’inaction qui est le maître mot.

Chaque nouveau événement dans le monde éloigne la France et l’Europe des nations qui pèsent dans le monde. Il faudra ce poser les bonnes questions dans le futur si nous voulons encore une voix et si nous voulons être autre chose que les proxy des Américains.


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