Et si la guerre durait ?

 


Israël et les États-Unis se sont lancé dans une aventure militaire. Dans une guerre, on sait comment elle commence, mais on ne sait pas comment elle se termine. Les deux protagonistes ont fait le pari que la destruction de la chaîne de commandement politique et militaire suffirait à faire tomber l’Iran. Cependant, comme à chaque fois dans les guerres, on oublie que l’autre peut aussi avoir une stratégie et qu’il vient de quelque part avec une culture. L’Iran est un vieux pays qui n’a pas été colonisé mais qui a été sous influence. Il a lui aussi une longue tradition militaire.

Il a surtout appris de ses échecs et des échecs des autres pays face aux coalitions occidentales. Il sait sûrement que la durée d’une bombardement peut être limité par les capacités des stocks et peut parier sur une usure des moyens des Israéliens et des États-Unis. Profitant des proxy au Liban, en Syrie, en Irak et au Yémen, il peut rendre problématique une opération militaire qui devrait être rapide.

Imaginons que demain les Iraniens frappant de plus en plus d’installations stratégiques (on l’a vu avec la destruction des stations d’écoute et radar américaines au Qatar), bloquant le détroit d’Ormuz mais aussi celui de Bab el-Mandeb avec le Yémen. Imaginons qu’il inflige des pertes humaines plus importantes aux Américains, le président Trump pourrait perdre le soutien de sa base pour les élections de mi-mandat. Cela pourrait peser sur la suite des opérations. Trump tiendra t-il sur la durée ? On sait aussi que la dernière guerre des 12 jours entre les deux belligérants avait dangereusement vidé les stocks. Une guerre de plus de 12 jours pourrait devenir problématique.

Et il y aurait beaucoup d’autres conséquences partout dans le monde. Le prix de l’énergie risquerait d’exploser, en particulier en Europe. Dépendant à plus de 30 % des hydrocarbures de la région, les Européens risquent de voir une inflation des prix du carburant, mais aussi de tous les produits de consommation. Cela aurait des conséquences sur la croissance, mais aussi sur la détermination des peuples à soutenir leur gouvernement. Jusqu’à quand les peuples européens continueront-ils à soutenir l’Ukraine si en Europe, le coût de la vie est encore plus cher ?

D’ailleurs, pour l’Ukraine, les conséquences d’un conflit long US/Israël-Iran pourraient être significatives. Il y aura, comme pour tout le monde, le problème de la fourniture d’énergie, mais aussi d’armes, en particulier les missiles sol/air. Si les Européens s’engagent à se protéger et à protéger leurs alliés du Golfe, cela les obligera à réduire leur aide à l’Ukraine.

Et il y a les « perdants » en théorie qui peuvent devenir des gagnants.

En effet, même si les Russes perdraient un allié de premier plan, ils n’avaient pas de traité de défense avec l’Iran. Ce n’était pour eux qu’un pays partenaire par intérêt réciproque. La Russie risque de voir un nouveau pays basculer dans le girond occidental mais elle ne panique pas car elle connaît les divisions au sein du pays et l’emploi des Kurdes comme proxy par les Américains pourrait faire basculer les Iraniens, comme les Turcs, dans une résistance contre l’occident, en particulier dans les campagnes qui sont restées fidèles au gouvernement. L’aventure peut donc être hasardeuse. Et la Russie aura plaisir à leur fournir des armes pour favoriser le désordre.

Mais elle peut gagner aussi avec la l’augmentation des prix des carburants. La marge de bénéfices va, au moment où les Ukrainiens seront dans un creux, favoriser l’économie russe et en particulier celle de défense. Plus la guerre va durer, plus les Russes vendront du gaz et du pétrole bien plus cher que ce que leur coûtent les nombreuses sanctions imposées par l’occident. C’est la loi de l’offre et la demande. A cause de la guerre contre l’Iran, on reverra peut-être les Européens acheter du gaz russe…

Les Chinois quant à eux ont perdu beaucoup car ils étaient les premiers partenaires de l’Iran. En outre, la nouvelle route de la soie qui passait par le Golfe Persique est, pour le moment, interrompue. Mais là encore, la Chine attend son heure. Elle sait que, de toute manière, l’occident ne sera pas en mesure de tenir dans la durée dans le domaine économique. Il y aura un moment où il faudra diversifier les fournitures et la Chine sera là à ce moment-là. De plus, elle dispose toujours de la Russie comme fournisseur d’hydrocarbures. Elle peut se retourner. Mais ce qui l’intéresse le plus en ce moment, c’est peut être la quantité de systèmes de combat consommé par les Américains et les alliés. Plus les stocks se videront, plus les opportunités d’un assaut sur Taïwan seront ouvertes.

Le monde risque donc de changer après cette guerre. Si elle se termine vite, ce qui n’est pas impossible, les États-Unis auront montré au monde entier qu’ils sont la première puissance et qu’ils n’ont aucun concurrent. Mais si la guerre dure, elle pourrait créer des failles qui seront exploitées par nos compétiteurs. Dans un scénario du pire, en Ukraine, la Russie pourrait faire basculer la guerre et imposer sa paix et la Chine pourrait envahir Taïwan que les Américains ne pourraient pas défendre par manque de moyens. Mais, bien sûr, rien n’est écrit !

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