Le VCA au combat

 

(image Blablachar)

La grande théorie du commandement français est qu’il sera toujours possible d’appliquer une guerre de manœuvre pour le prochain conflit. On peut émettre un gros doute sur la capacité de manœuvre future.

Les raisons sont multiples. La première et la plus simple est la transparence du champ de bataille. Les partisans de la guerre de manœuvre expliquent que les Ukrainiens ont réussi par deux fois à surprendre les Russes par une attaque surprise. La première fois, dans la région de Kharkiv et la deuxième fois, dans la région de Koursk. A cette occasion,, une fois bien infiltré dans la profondeur, les contre-attaques rapides des Russes ont d’abord arrêté la progression puis ont permis de reprendre le terrain perdu. Le gain stratégique fut limité et ne pouvait être exploité en dehors des zones boisées.

Une surprise est toujours possible mais sera de plus en plus en plus rare. Les leçons du conflit feront aussi que l’ennemi saura s’adapter et réagir rapidement. On le voit actuellement, aucun des belligérants, malgré leurs propagandes respectives, n’a su réellement provoquer une surprise stratégique. Cela est dû à la difficulté de concentrer en toute discrétion des moyens. La moindre parcelle du terrain est maintenant surveillée en vue de repérer tout mouvement suspect et cela jusqu’à plus de 50 km dans la profondeur. D’ailleurs, les blindés ne sont pas détruits en première ligne mais presque exclusivement dans la profondeur.

Et il y a les menaces drones qui restent multiples. Missions d’observation, guerre électronique, bombardement, frappe suicide etc, les modes d’action sont divers, ce qui fait de l’engin un amplificateur de puissance. Le résultat aujourd’hui est que 80 % des équipements et personnels sont neutralisés par drones. Cela n’est plus un effet de mode provisoire. Le drone s’est accaparé le champ de bataille.

La promesse de la lutte anti-drones ou LAD reste pour l’instant marginale sur le champ de bataille. Et ce, particulièrement, en raison de la masse des vecteurs disponibles. Il y a 3000 drones sur 10 km de front dans les zones les plus denses. Tout ce qui apparaît comme une cible est attaqué, soit directement, soit par l’artillerie. Le champ de bataille n’a jamais été aussi dangereux.

Nos éléments de reconnaissance seraient les premiers attaqués. Faiblement protégés, les véhicules seraient des cibles faciles pour les équipes FPV. Une guerre des équipes de renseignement serait le prélude à l’action ennemie dans la profondeur. Nos forces blindées se déplaçant sur les axes, seraient rapidement prises à partie. Les Lancets et autres drones kamikazes viendraient attaquer au plus haut nos colonnes.

Puis les « Géranium» attaqueraient les ponts, les plots logistiques. Les lanceurs de mines créeraient des champs de mines ralentissant notre progression. Avant même le contact, nos pertes seraient élevées.

Nos forces seraient surpris es par des attaques dans les arrières de nos camions logistiques, des véhicules postés mal camouflés, des postes de commandement, des plots logistiques, des zones de maintenance. La perte de « véhicules particuliers » engendrerait des problèmes en série, par exemple, les véhicules poseurs de pont, de dépannages, de déminage etc. En nombre limité, ces engins, une fois perdus, handicaperaient notre manœuvre par leur absence.

Le VCA au combat.

Pour répondre à cela, il faut des engins qui offrent une plus grande mobilité opérative, que ce soit par leur taille, leur simplicité ou leur polyvalence.

Le peloton VCA serait modulable. A l’image des « Kampfgruppe » allemands de la Seconde Guerre mondiale, les unités seraient constituées à la mission et seraient de taille et d’équipements différents. La mission ferait le véhicule.

Par exemple, la prise d’un bois en rase campagne nécessite un canon d’assaut, un véhicule de déminage, et au moins deux véhicules LAD. Le canon d’assaut avec rouleau de déminage ouvrirait le chemin et riposterait au tir venant de la zone à prendre. Il serait appuyé par les véhicules LAD transportant aussi des fantassins. Donc, 3 véhicules pourraient réaliser la mission.

La modularité répond aux particularités de certaines zones comme la présence de haies qui nécessite des bulldozers ou les habitations transformées en forteresses qui nécessitent un lance-bombe, voire un véhicule lance-flammes.

Préparés loin dans la profondeur (plus de 50km), les pelotons se regrouperaient en vue de constituer les éléments d’assauts. Puis la mission débuterait par une longue infiltration en discrétion. Il faudra imaginer des unités de camouflage qui prépareraient le terrain et les pauses sur le terrain. Il faut pouvoir s’approcher de la ligne de front le plus discrètement possible.

La taille restreinte des véhicules devrait aider à son camouflage pour survivre dans cet environnement. La profondeur des attaques des drones et de l’artillerie obligeraient une manœuvre arrière qui n’avait jamais été aussi complexe.

L’ultime zone est celle des 10 km où il est le plus difficile de progresser sans se faire attaquer.

La perte d’engin doit faire partie du coefficient de la bataille. L’échec d’une action, aussi. La guerre de haute intensité est avant tout une guerre d’usure et d’endurance.

L’attaque serait donc lancée en coordination avec l’artillerie, les drones, la guerre électronique, les feux dans la profondeur etc.

Les pelotons guidés par drones se verraient attitrer les objectifs. Le chef moderne n’est plus dans son engin mais dans son mini pc de secteur. Il devra coordonner les moyens selon le volume de forces engagées.

Les ripostes ennemies seront rapides. Profiter d’éléments du terrain pour complexifier la riposte est essentiel. Les bois, les zones urbaines, sont des obstacles mais ils sont loin d’être parfaits.

Créer des écrans de fumigènes sera indispensable. Les véhicules devront émettre de la fumée.

Moins le front sera mobile, plus l’action se complexifiera. Il faudrait, dans l’idéal, coordonner plusieurs missions offensives dans plusieurs zones pour empêcher une coordination de la riposte.

Comme une vague multiple, l’assaut de plusieurs unités créant des brèches, doit ouvrir à une deuxième vague qui doit exploiter l’action de la première.

Le gain espéré par rapport à l’effort serait très faible. Le rêve d’une grande chevauchée dans la profondeur de l’ennemi est caduque.

Une unité légère héliportée qui disposerait de drones kamikazes pourrait représenter une gêne de premier ordre. Avec le génie et l’artillerie, elle pourrait rapidement faire du front un obstacle. Les bombes de l’aviation de frappe à plus de 50à 70 km dans la profondeur laisseraient les unités engagées devenir des cibles. Comme on le voit, le champ de bataille empêcherait alors structurellement la manœuvre.

La guerre a changé. Nous préparer à la guerre du futur antérieur ne sert à rien, il faut se préparer à la guerre d’aujourd’hui. Il faut changer notre manière de faire la guerre et la façon dont nous espérons obtenir le succès. Le VCA est le véhicule qui peut servir à cela. Modulable, adaptable, simple, rapide à produire, Le VCA est le véhicule de cette guerre.

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