Rapport qualité coût

 


La guerre en Ukraine aura révélé une image de la guerre qui est bien différente de celle qui avait été vendue en occident. Il y a eu beaucoup de surprises qui n’en étaient, en réalité, pas.


La première fut celle de la « fin » programmée du char sur le champ de bataille. Les chars sont partie en guerre en 2022 et ils devaient être l’arme principale de la conquête de l’Ukraine. Sauf que dès le départ, missiles tire et oublie, l’artillerie à munitions guidés, les drones à voilure fixe puis, plus tard, mobiles ont changé la donne. Les Russes et les Ukrainiens sortent de 4 ans de guerre avec 4130 chars pour l’un et 1370 pour le second perdu dans les combats. Aucun modèle de char n’a brillé complètement et encore moins changé la donne sur le terrain.

C’est le cas en particulier des Léopards 2 , Challenger 2 et Abrams. Aucun de ces trois engins n’a été en mesure de faire plus que leurs homologues russes. Pourtant, le rapport de coût est bien différent. Un Léopard 2 A6 ou un Abrams vaut aux alentours de 6 millions de dollars. En face le T72 est donné autour de 500 000 dollars (dans la version de base) –même si, en réalité, il doit tourner autour d’1 million de dollars avec caméra thermique et briques réactives modernes. Le T 90 M vaut 3 millions de dollars et c’est le char le plus cher (à l’exception du T14 qui vaudrait entre 6 et 8 millions de dollars).

La question est de savoir si cette différence financière justifie une différence sur le terrain. Il n’est pas possible aujourd’hui de dire qu’il y a une telle différence sur le terrain. En effet, la raison d’être des chars est la lutte antichars. Mais sur le terrain, sauf à de rares exceptions, le char a pour mission l’appui direct, indirect ou la percée. Ce a quoi aucun char actuel n’apporte pas de plus-value particulière.

Alors, on peut se demander si cette différence financière en vaut la chandelle. Si pour la mission à exécuter, on dispose de 12 millions de dollars, on pourra acheter 2 chars occidentaux ou 12 chars russes. Mais, 1 char occidental vaut-il 6 chars russes ? Là encore, avec l’arrivée de nouveaux standards comme le T72 B3 M 2025, par exemple, disposant de caméras thermiques, d’une conduite de tir correcte, d’une nouvelle artillerie tirant de nouveaux obus, la différence est trop faible pour justifier un tel écart financier. Seule la numérisation permet une meilleure gestion de l’information sur le terrain mais cela ne fait pas la guerre. Il faut toujours un duel avec le hasard qui va avec. De plus avec 12 chars on ne couvre pas la même surface qu’avec deux chars.

Cette analyse est la même que celle de Gudérian qui expliquait déjà la limite des chars lourds de l’époque par rapport au char moyen. Et aujourd’hui cette analyse n’a pas changé. Dans la situation de l’Ukraine, le rapport dans une configuration particulière est de 1/3 en char perdu. Même avec ce rapport, la masse gagne toujours par rapport à la qualité.



La nouvelle génération de chars qui sont commandés en occident sont encore plus chers. Le Léopard 2 A8 coûte la bagatelle de 25 millions d’Euros ! Sera-t-il 25 fois supérieur au T72 B3 M ? Je suis certain que l’engin est très performant avec son système Trophy, sa nouvelle conduite de tir, son nouveau moteur etc. Mais est-ce que cela apportera un avantage comparatif qui vaut ce prix ?

Cela est particulièrement vrai dans un conflit symétrique où les armes qui détruisent les chars sont l’artillerie, les drones, les mines et les missiles avant les chars.



Pour ma part, je persiste à dire que le choix fait en France avec l’AMX30 et qui se vérifie aujourd’hui en Ukraine pousse à privilégier la masse à bas coût à la haute technologie. Au moment même où nous devons réfléchir au remplacement du Leclerc, ne serait-il pas judicieux de capitaliser sur un engin moins ambitieux technologiquement avec des capacités à peine supérieures (voire inférieures) au Leclerc, mais qui serait plus léger et moins cher. Comme je l’ai déjà expliqué, le duel se fait rare aujourd’hui en raison de la portée des autres armes antichars et donc le tir à 4000 m à 60km/h ne sert à rien. Mais tirer à l’arrêt à 4000 m peut être utile, tirer à courte distance à 60km/h peut être utile pour une action choc. Cependant, cela n’engendre pas les mêmes contraintes. Rouler et tirer de nuit avec les caméras thermiques modernes n’engendre pas non plus une plus-value car tout le monde à des caméra thermiques et la nuit n’offre plus de protection, surtout pour les gros engins. Un char qui dispose de caméras thermiques n’est donc pas une plus-value exceptionnelle. J’ai déjà expliqué que l’artillerie n’étant plus la fonction antichars, elle devait se consacrer à l’appui feu comme fonction principale et antichars en second.

Pour le blindage, il n’est plus nécessaire de se focaliser sur la protection contre les obus flèches mais plus contre les charges creuses. Sachant que, de toute manière, aucune épaisseur ne garantit une survivabilité totale, en particulier contre les charges les plus importantes. L’accent peut être mis sur la résistance contre les canons mitrailleurs de 30 mm et les charges creuse plus petites.

Le char peut donc être simple, moins coûteux et accomplir quand même sa fonction de combat. Demain, l’armée française pourrait avoir un char de bataille plus léger, plus manœuvrant stratégiquement car ayant moins la contraintes de la masse.Cet engin pourrait servir à une famille d’engins comme l’AMX30 en son temps et qui soit une contre proposition au choix allemand.

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