Le char M10 que j’ai souvent mis en valeur a été « mis à la poubelle » par le secrétaire à la guerre Pete Hegseth. Les raisons de cet échec sont multiples. Il y a d’abord un choix technique, fruit de l’école des blindés américaine, qui impose un chargement manuel. Les tankistes américains n’ont pas confiance en un système automatisé de chargement. Cela nécessite un 4e homme qui nécessite une place et un blindage propre dans le véhicule. On parle de 5t et 1m pour le chargeur.
La mise en place d’un chargement automatique aurait apporté une réduction du tonnage permettant au char d’avoir la masse de poids requis.
De plus, il y a la demande d’une protection importante. Même si le blindage est inférieur au char, il doit protéger contre un grand nombre de menaces antichar. Cela alourdit le char encore davantage et va à l’encontre du modèle initial qui avait vocation d’être aéro-largable.
Enfin, les écarts financiers ont explosé. L’engin est devenu plus cher qu’un char de bataille. Il avait tout l’électronique de bord du M1A2. Aujourd’hui, plus que la mécanique et le blindage, l’électronique représente plus de 50 % du coût d’un char. L’ajout de technologie et le fait de produire un engin qui reste quand même nouveau a fait exploser les coûts.
Trop lourd, trop cher, pas adapté à la mission, le M10 a été, en fin de compte, rejeté par l’armée américaine et son secrétaire à la guerre. Cela veut-il dire que tout était mauvais dans le M10 ?
Le M10 était le char le plus adapté à la guerre moderne. Il avait déjà intégré le fait que la principale menace n’était plus le char de combat mais toutes les autres armes. Son blindage et son armement étaient donc adaptés aux menaces actuelles alors qu’elles n’existaient au moment de l’écriture du cahier des charges. Ainsi, l’engin était moderne mais la raison d’être de l’engin, quant à elle, n’était peut être pas adaptée à la mission.
La mission initiale du char était d’être projeté dans les arrières pour détruire des objectifs stratégiques non protégés par des forces lourdes. Pour cela, il devait être initialement transporté par C130 puis largué de l’avion pour opérer dans les arrières. Mais l’alourdissement du véhicule consécutif au retour d’expérience des théâtres d’Afghanistan et d’Irak a alourdi le char. Le M10 devait être transporté par C17 et débarqué de l’avion sur une piste. Cela changeait la manière d’opérer par rapport à la vision initiale du projet. La conséquence tactique était la nécessité pour les avions de traverser les défenses sol/air, déposer les chars, puis éventuellement les ravitailler. L’Ukraine a révélé que ce genre d’opération était très risqué.
Le cadre tactique initial n’étant plus adapté à la réalité de la guerre actuelle, le char n’était donc plus adapté non plus. En outre, un char « léger » qui coûte plus cher qu’un char de bataille n’est pas économiquement rentable. Il faut y voir la patte d’une suradministration qui influence des industriels et des industriels qui veulent profiter du marcher !
Mais faut-il tout rejeter dans le M10 ? Le corps des Marines a perçu ce que pourrait apporter ce type de char. Le premier avantage est la facilité d’embarquement sur les navires, ce qui le rend plus facile à projeter. L’appui feu peut être exécuté par le char dans toutes les phases d’une mission de Marines. Enfin, il est beaucoup plus facile à projeter sur le théâtre Pacifique car beaucoup d’îles n’ont pas ou peu d’infrastructures. Le char M1 dans ces milieux n’est pas adapté alors qu’un M10 allégé, lui, aurait un rôle à jouer.
L’autre avantage est la capacité d’être transporté par avion. Une île pourrait servir de point d’appui logistique pour une force opérant sur un archipel d’îles. Ainsi, les navires viendraient se recompléter en chars pour une action ultérieure et la conquête d’autres îles. Il y a aussi la facilité d’entretien et l’aide logistique que cela apporte.
Si le M10 est un échec partiel, il pourrait être un modèle de solution pour l’armée française qui est figé dans un système couvrant tous les spectres sans pouvoir en dominer un. La France aurait avantage à avoir ce type d’engin comme je l’explique dans mes nombreux articles sur les chars moyens.

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